| | Vous avancez lentement parmi la végétation dense et les nuées de moustiques, ignorant le brouillard opaque qui vous entoure de toutes parts et la fange nauséabonde dans laquelle vous vous enfoncez un peu plus à chaque instant. Courageux ou imprudent, le marais (surnommé « Le bout du monde » par les autochtones de cette contrée reculée) vous tiens prisonnier de ses filets. Théâtre de centaines de disparitions inexpliquées, ce lieu insalubre et nauséabond continue à attirer encore et toujours de nombreuses personnes qui, par curiosité ou par naïveté, se laissent piéger par la fange sournoise... Le cœur battant, vous vous retournez brusquement et scrutez la brume avec appréhension. Il vous a semblé entendre des bruits de pas, quelque part dans le lointain... Où bien n'était-ce que votre imagination, exacerbée par la peur... Mais non, tout cela est bien réel; bientôt, les pas se rapprochent, de plus en plus rapides, de plus en plus près, tel un galop furieux... Mais rien ne sert de fuir, le « Bout du monde » n'a pas d'issue et vous, voyageur imprudent, comme tant d'autres avant, vous n'en reviendrez... jamais. Le silence se fait tout à coup. Vous sentez une étrange présence près de vous, pourtant vous ne voyez rien, vous n'entendez rien... Soudan, un formidable coup porté à votre tête vous projette dans la boue, étourdi. Une ombre semble se pencher au dessus de vous, tout vacille sous vos yeux embrumés, l'obscurité vous envahis, puis plus rien... Lorsque vous vous réveillez, vous vous trouvez dans une chambre glacée à l'aspect délabré. Votre regard se pose alors sur la fenêtre où vous pouvez distinguer le ciel, à travers les barreaux. Il fait nuit. A vos côtés trône un vieux lit rouillé; dans un coin de la pièce une vieille cabine de douche où se promène quelques rats; et face à vous, accroché au mur décrépi, un miroir brisé dans lequel se dessinent les multiples reflets de votre visage livide. « Ahem... » Vous sursautez et tournez immédiatement la tête vers la porte de la pièce, où vous apercevez un vieil homme qui se tient immobile dans l'embrasure de la porte, l'air triste et grave. « Bienvenue, petit. - Où sommes-nous ? - Je ne sais pas. Personne ne le sait. - Mais... Comment sommes-nous arrivés ici ? - Tout commence par le Bout du monde... - Et comment en sort-on ? - Écoute, petit... Oublie ta famille, tes amis; oublie l'espoir et la liberté; oublie tout ce que tu as connu... - Mais... - Ici, une seule chose compte: survivre. Cet endroit sera notre tombeau à tous, personne ne peut s'échapper de cette prison... » |